Description
Polyphonie militante revient aujourd’hui à son sens inital,
- polyphonie puisque nous entendrons DEUX voix, celle d’André Camaleyre et celle de Joël Perron
- et militante puisque tous deux ont été victimes de discriminations au travail. L’un dans une usine papetière, la Cellulose du Pin à Biganos et l’autre ,Joël Perron dans une administration publique, France Telecom.
La discrimination dans le travail reste encore un sujet « tabou », évoqué (voire éludé) à maintes reprises dans nos entretiens, elle prend des formes diverses, brimades, pénalisation de carrière, licenciements ... Elle est souvent (trop?) considérée comme le prix à payer pour un engagement syndical ou politique .
Ce sera le sujet de cette émission .
Dédé Camaleyre, né en 1951 est entré à la Cellulose du Pin comme apprenti en 1965. A 17 ans, avec son CAP de Chaudronnier, il rejoint l’atelier et le compagnonnage, et se syndique à la CGT.
4 ans plus tard le service militaire l’éloigne de ses racines et, en 73, quand il revient à l’usine, l’atelier a disparu. Les opérations ont été externalisées. Il est affecté à la production et fait les 3/8.
Avec son élection en 1978 comme délégué du personnel commencent les premières brimades sur le déroulement de sa carrière (humiliation /ralentissement )
Quand St Gobain se sépare de l’usine reprise par Smurfit, des luttes dures s’engagent pour le respect des conventions collectives (3 semaines de grève). Encore plus durs seront ,à Tartas ,les 9 mois de lute pour éviter la fermeture totale de cete usine de 400 salariés et trouver un repreneur canadien Tembec. 30 ans après, « l’usine fume toujours » dit Dédé ,fier de cette victoire .
Usé par les 3-8, Dédé est victime d’une hémorragie cérébrale et doit être reclassé en travail de jour (catégorie employé)
6 mois plus tard, la direction de la production lui propose un poste de Technicien à condition qu'il renonce à son mandat syndical. Il refuse ce marchandage inique. Cela lui vaudra de se retrouver « aux petits achats » , faire les courses à Bordeaux ... . 5 ans avec son salaire de base sans indemnités .
De 2000 à 2006 , il sera détaché à la mutuelle de l’entreprise .
Puis vient l’heure de la retraite !
Pour Dédé, un bilan douloureux, 25 années d’éloignement du méter. L’ amertume de ne pas avoir été défendu par les collègues « tu vas à l’UL et aux prud’hommes ». Amertume aussi que certains aient pensé que les années de détachement à la mutuelle lui auraient permis de passer « cadre »
Autant de trahisons avec lesquelles « je vis tous les jours » dit il.
Joël Perron est né en 1952 dans une famille d’enseignants . Après un changement d’orientation il passe avec succès le Bac de Technicien puis, en 1972 , il est admis au concours de Technicien d’installation .
Après le service militaire, il retrouve son travail et part en formaiton à Lannion .
Il adhère à la CGT en 1975 et participe à la vie militante dans un contexte de mutations rapides tant technologiques qu’organisationnelles (en 42 ans de carrières, adaptation à 4 technologies. 8 années de formation nécessaires)
En 1982 , en poste à Meaux (800 syndiqués PTT) il participe à la création de RADIO MEAUX qui comptera bientôt 65 personnes et 80000 auditeurs
En 1987 muté à Bordeaux au Telex puis à l’entretien des machines de commutation, les effets de la scission entre la Poste et les Telecoms conduisent à la déstructuration des fonctionnaires, à la perte de leurs repères. La réorganisation des services ôte aux techniciens leur pouvoir technique .
35 ans d’astreinte, des interventions longues et difficiles (par exemple aux Chartrons, 2000 abonnés, un dépannage qui dure de 20h30 à 11h du matin suivant) .
Les grippages de la machine se multiplient. Un parcours qualifiant de cadre se passe difficilement. En poste à Arcachon comme responsable d’équipes d’intervention, 2 salariés qui n’acceptent pas un cadre CGT, refusent de travailler et obligent Joêl à les sanctionner .
En 2005 il est élu trésorier du CE Aquitaine de France Télecoms. En 2006, son poste est supprimé. « Il est viré » en somme, sans justification, sans avertissement ou sanction préalable. Plus de bureau, plus de téléphone ! plus d’équipe ! « tu tombes bas ! dit -il »
Il se réfugie au bureau du CE. La CGT pas solidaire, ne le représente pas aux élections. Le médecin du travail veut qualifier sa souffrance de dépression. Joêl insiste sans succès pour faire admettre qu’il est clairement victime de discrimination syndicale. L’inspection du travail n’examine pas son dossier.
Désocialisé, l’annuaire interne ne le positionne même pas au bon poste, il se retrouve au fond d’un couloir au 3°étage, proche d’une porte donnant sur le vide extérieur... Les suicides se multiplient « une mode » dira la Direction.
Responsable de métrologie, il lui faudra un an et demi pour constituer ex nihilo le fichier fournisseur .
En 2008, il fait un infarctus. S'en suit un mi-temps thérapeutique et enfin en 2009 il est nommé au magasin d’Eysines « le magasinier le mieux payé de France » même si ce déclassement entraîne la perte du bonus variable. Mais là, il voit des collègues, retrouve des équipes, il existe à nouveau.
En 2010 il se révolte à la suite du suicide par le feu de Rémy LOUVRADOUS, militant CFDT. Il adresse à tous les cadres de France une lettre dans laquelle il dénonce les pratiques qui conduisent des salariés à ces extrémités : « des assassinats » dit -il. Des réponses arrivent de toutes les régions .
Dernière vilénie méprisable de la hiérarchie, après qu’il eut déposé un plan de départ , à mi-temps ,il est convoqué et se voit offrir un poste à temps plein .
Touché mais pas coulé, à la retraite Joël préside LSR (Loisir Solidarité Retraité) continuant ainsi à s’occuper des autres toujours dans le cadre de la CGT.
Pauses musicales
1ère pause musicale : « Un jour tu verras » interprété par Mouloudji
2nde pause musicale : « est-ce ainsi que les hommes vivent » interprété par Léo Ferré