BALDE Maïmouna

Description

Maïmuna Balde est née le 7 juin 1968 à Gabu en Guinée Bissau .

« Depuis toute petite je me bats » dit elle.

Et aujourd’hui, ici, elle se bat encore et son employeur lui reproche son « insubordination  qui constitue un manquement grave au pouvoir de l’employeur »

Comment aurait-elle pu intégrer les codes comportementaux et langagiers d’un management implacable ?

L’insubordination trace le fil de vie de Maïmuna !elle a toujours refusé que son destin soit figé, écrit par d’autres.

Dans sa famille peule, musulmane composée de plusieurs générations vivant ensemble (avec 2 grands-mères 115 et 102 ans), protectrices de cette petite fille, le quotidien traditionnel s’organise autour du travail aux champs, puis de l’atelier de couture du père et de la préparation des repas et de la gestion du foyer pour les femmes .

Maïmuna doit accepter les contraintes de la tradition et la discrimination liées au statut des filles ( pas de scolarisation, violence physique des oncles, du père, empathie pour une maman mise à l’écart , l’école coranique qui se réduit à simple mémorisation du Coran dans une langue étrangère inconnue  »

« ça ne me plaisait pas » se souvient -elle .

A 14 ans, l’enfant est confrontée à ce que l’autrice peule DJALAI AMADOU AMAL qualifie comme « l’art de partager un mari »

Pour elle, il s’agit de partager un mari dans les larmes, (fuite en forêt pour échapper à la cérémonie ). Elle doit accepter la loi des traditions … une dot, un mari de 50 ans, marié et père de famille, le travail de la maison, cuisine, eau au puits. Pourtant se libérant de l’inféodation familiale, elle va en cachette à l’hôpital pour avoir accès à la contraception !!! La jalousie et la violence de ce conjoint permettent le divorce .

Maïmuna engage ensuite contre son père la bataille des papiers d’identité, à 17 ans elle n’a toujours pas d’extrait de naissance, elle est donc sans le document de filiation nécessaire pour l’obtention d’une carte d’identité. La confrontation avec le père sur le lieu de travail est une scène d’une rare intensité et d’une grande violence symbolique , le père couvert d’opprobre part en mairie avec sa fille.

A 18 ans ,elle éprouve des sentiments amoureux pour un jeune peule mais elle se heurte au refus familial. Maïmuna plie une fois de plus mais ne rompt pas .

Un second mari est trouvé pour elle, au Sénégal, peule, 44 ans, marié et père de famille  « un gentil » qui travaille dans la diffusion de films. Le temps est venu de fonder une famille pense Maïmuna. Elle part à Abidjan, dans sa famille .

Elle aura 3 enfants mais la vie à la maison est difficile, giflée par l’autre épouse, (geste proscrit par la religion) Maïmuna se défend et une bagarre généralisée éclate, et envoie l’autre épouse à l’hôpital !!! Le mari réagit par la violence !

Second divorce et retour avec les enfants en Guinée Bissau, chez la mère. Maïmuna trouve qu’il est normal que la famille assume les conséquences de ce nouvel échec puisque c’est eux, les parents, qui ont organisé cette union .

1999 , Maïmuna est diagnostiquée diabétique, sans protection sociale, la famille aide financièrement mais contrôles et régime sont difficiles à assurer.

Maïmuna fait du commerce artisanal de broderies, elle décide en 2002 de partir avec un visa touristique au Portugal. Elle attendra 3 ans la légalisation pour raison médicale. (2006).

2007, un compatriote peule jette son dévolu sur cette jeune femme mais elle exige de le rencontrer avant d’ accepter de le suivre en France . « il avait ses oreilles dehors » dit-elle pour exprimer que le dernier qui parlait le faisait changer d’avis ! qu’il était influençable et faible. Un jour il a suivi de mauvais conseils donnés par de mauvais amis et s’est mis à dealer ! plutôt à faciliter le deal en acheminant, livrant ou rendant de petits services.

Bilan, 8 mois de prison, nouvelle galère pour Maïmuna, maman d’un bébé de 3 semaines est déçue de n’avoir pas réussi à le maintenir dans le droit chemin et de ne pas avoir réussi à reprendre une vie normale avec lui.

L’ accompagnement des services sociaux sur plusieurs années a permis la construction de la femme qu’elle est : cours de langue française, permis de conduire. La CAF lui donne le statut de femme seule, une nourrice pour Bébé favorise la reprise d’un travail, le suivi de l’enfant sans papa est assuré par une éducatrice, la Colline (centre social de Cenon permet de tisser du lien social  !

Maïmuna a trouvé des relais solides et a su « s’accrocher » pour préparer des jours meilleurs .

Et aujourd’hui ?

Après 2 ans dans la restauration , service du bar dans un restaurant chinois, après des ménages, de l’aide à domicile (attestation de formation)

Elle obtient un CDI dans une entreprise de services à la personne qui présente ses salariés comme des « héros » du quotidien. Parce qu’ils veulent se séparer d’elle, elle est harcelée pour manquements à son travail, griefs contestés grâce à des témoignages de clients .

Mais, par lettre recommandée, on lui reproche « son insubordination « !!!(hausser le ton, couper la parole, crier dans l’agence etc »

En conclusion, cela induit « un manquement grave au pouvoir de direction de l’employeur « 

La responsable RH ne sait pas que se rebeller contre l’arbitraire et l’injustice subis depuis l’enfance (dans la famille, dans le couple) a toujours été le ressort de sa vie !!! Elle la pénalise au lieu de voir dans cette détermination un atout qui a permis à Maïmuna de rebondir, de faire bouger les lignes et tomber les obstacles. Maïmuna n’a certainement pas les codes de la communication en entreprise elle qui a toujours connu la violence verbale , physique ou culturelle .

Simone Weil a dit « avoir été rebelle toute sa vie » !!! Maïmuna a bien cette force la, encore et toujours ! Elle continue d’avancer avec un seul regret, ne pas avoir été scolarisée enfant !!!! elle parle, le peule, le créole, le wolof, le Portugais, et le Français appris à Cenon à l ’âge de 40 ans.

Chapeau Madame !

Choix musicaux

1ère pause musicale : Nho Rato

2nde pause musicale : José Carlos Schwarz Diju di Galinha 1978

3ème pause musicale : Ngrateza Aliu Bari Tributo Ao Cobania Djazz Nacional

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